Syphilis et «paralysie générale» en Algérie

Il s’agira ici de revenir sur l’histoire de la syphilis et de la «paralysie générale» en Algérie entre la fin du XIXe siècle et les années 1930 à partir des archives de l’asile de Montperrin à Aix-en-Provence. Il s’agit en effet d’un fonds où sont contenus les dossiers personnels de malades interné-e-s et notamment ceux de la population algérienne qui y est transférée jusqu’à la création de l’hôpital psychiatrique de Bilda.

Effectivement la syphilis touchait à la capacité reproductive des hommes et des femmes, pouvant provoquer l’impuissance chez l’homme, des fausses couches chez la femme et la mort du nourrisson (dans sa forme congénitale). La maladie amenait ainsi les médecins à une réflexion sur la transmission héréditaire de la maladie et le contrôle hygiénique et administratif des prostituées. Par ailleurs, malgré le fait que la syphilis était contractée de la même manière par les hommes et les femmes, les médecins et les psychiatres élaborèrent, à partir du XIXe siècle, des discours et des pratiques cliniques sur la base de la différence entre les sexes.

Si donc le paradigme de genre est essentiel pour comprendre les inégalités dans les théorisations de la maladie ainsi que dans les pratiques médicales, d’autres hiérarchies sont construites sur la base d’une infériorisation raciale. Dans cette perspective, pour certains médecins coloniaux, la forme neurologique de la syphilis, la «paralysie générale», était conçue comme l’une des conséquences du progrès et de la modernisation et elle n’aurait pas frappé les «indigènes» nord-africains. Alors que pour d’autres médecins la maladie aurait été importée par les Français via la colonisation. C’est seulement à partir de la fin des années 1930 que les médecins s’accordent pour théoriser une forme endémique de la syphilis qui, toujours dans une démarche racisante, aurait été cachée par les caractéristiques propres aux hommes «indigènes».

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