«Cultiver la nature de l’enfant» – les paradoxes du naturalisme éducatif

L’appel à la «nature» de l’enfant constitue un trait de la modernité: une pédagogie ajustée sur le développement naturel de l’enfant, respectueuse de ses besoins et intérêts, faciliterait les apprentissages et garantirait l’épanouissement de chacun.

A l’aube du 20e siècle, sous divers porte-bannière (éducation nouvelle, progressive education, Reformpädagogik), d’innombrables savants de l’enfance – médecins, psychologues, hygiénistes, pédagogues, biologistes, etc. – rejoints par des ligues féministes, pacifistes, internationalistes, plaident pour une révolution éducative universalisable visant à réconcilier l’humanité. Le mouvement s’institutionnalise et s’internationalise durant l’entre-deux-guerres, fort de la conviction que l’école dite traditionnelle, par son autoritarisme, dogmatisme, encyclopédisme, nationalisme, serait coupable de la Grande Guerre, en asservissant les élèves, réduits à une masse silencieuse et docile. Cultiver l’individualité et la spontanéité, l’élan vital et l’activité enfantine, inversement, permettrait de subsumer les égoïsmes et nationalismes étriqués, favorisant la construction d’une culture commune, conscience citoyenne et humanité pacifiée. Nombreuses sont les écoles qui s’instituent comme laboratoires vivants de tels principes: Neill à Summerhill, Freinet à Vence, Decroly à Bruxelles, l’Institut Rousseau à Genève, pour s’en tenir à l’Europe. Piaget en constituera l’un des principaux théoriciens.

Ce panel problématise les controverses éducatives que suscite cet optimisme naturaliste, au sein même des partisans de l'éducation nouvelle, comme de ses adversaires, dans les milieux savants, pédagogiques et internationalistes; des contradictions toujours vives aujourd’hui.

Alors que l’ambition est la reconnaissance de chacun dans sa singularité, cette forme de culte à la nature véhicule la notion ethnocentrique d’un enfant abstrait et universel; pour d’aucuns, cette nature est amalgamée à l’état primitif et sauvage; elle s’accompagne d’ambitions civilisatrices dans les colonies; elle présuppose une vision romantique de la nature, qu’il faudrait néanmoins domestiquer dans certaines circonstances;

En ce qu’elle biologise et essentialise l’enfance, cette vision contient l’écueil d’une approche normalisante qui substantialise le retard scolaire, d’une vision sexiste qui naturalise les différences entre genres, d’une interprétation de la classification sociale comme expression d’une hiérarchie naturelle;

Si le dessein réside dans la conscientisation d’une communauté de destin, l’appel à la nature peut traduire une occultation du social, l’individu devant être soustrait à un collectif supposé nocif; cette vision du développement naturel tend à faire abstraction du contexte culturel auquel il s’agit pourtant de donner accès; le concept de nature, essentialiste, paraît contradictoire avec celui d’éducation conçue comme réappropriation d’une culture dans des contextes quant à eux en constante évolution.

Présentations prévues:

Dr. Xavier Riondet, Université de Nancy Lorraine

Dr. Rita Hofstetter, Université de Genève

Commentaire prévu: Dr. Joëlle Droux, Université de Genève

Il reste un emplacement d’exposé à définir par le Call for Papers.

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